À VENDRE : Charmante maison historique à remettre en état, dans un quartier réputé d’Ottawa (24 Sussex)

Notre premier ministre nouvellement élu, Justin Trudeau, se trouve dans une situation que plusieurs locataires ont à affronter lorsque le propriétaire décide de faire des rénovations majeures, et qu’ils doivent trouver un autre logis pour un certain temps, ce qui doit être décevant. Après tout, le 24 Sussex est le foyer d’enfance de Justin Trudeau.

C’est également pour moi l’un des premiers endroits où j’ai travaillé. Il y a de ça plusieurs dizaines d’années, j’ai travaillé au 24 Sussex et à Rideau Hall à titre de jardinière durant un été, à l’époque où Pierre Trudeau et sa famille y habitaient. (Quelques faits amusants : j’étais l’une de deux jardinières engagées par la Commission de la capitale nationale (CCN). Justin était tout petit à l’époque. Eh oui, je suis aussi vieille que cela.)

Le 24 Sussex est en très mauvais état. Si je me souviens bien, la maison avait déjà besoin de réparations cet été-là. Mais, comme il arrive souvent, plutôt que de régler les problèmes structuraux, le propriétaire (dans ce cas-ci la CCN) a ajouté une piscine, aux frais du locataire.

Avec les premiers ministres qui ont suivi, les choses ont empiré. Des seaux couvraient le plancher pour ramasser l’eau de pluie, les fenêtres étaient recouvertes de plastique pour empêcher les courants d’air, et la base du système de chauffage, de ventilation et de climatisation était tellement mauvaise qu’il fallait ajouter des radiateurs électriques portatifs dans les chambres à coucher, ce qui, en retour, entraînait une interruption du système électrique. (Autre fait amusant : on a également rapporté que les résidents les plus récents se servaient d’une partie du troisième étage pour abriter des douzaines de chats.).

Ça, c’est toute une maison à remettre en état.

Si le 24 Sussex était sur le marché, je peux imager ce que dirait l’inscription : « Attention : constructeurs, investisseurs, charpentiers! Maison patrimoniale spacieuse avec une excellente intimité et sécurité, située dans un magnifique quartier, près du Parlement et du gouverneur général, comprenant une piscine et un terrain de 2,5 acres avec vue sur la rivière. Le système d’alarme comprend la police montée. Aucun renseignement du propriétaire-vendeur concernant la propriété (le propriétaire n’a jamais habité la propriété). REMARQUE : Amiante, moisissure, quelques boutons et tubes en porcelaine, plomberie à refaire. Voir la convention d’inscription pour obtenir la liste complète et les coûts estimatifs des réparations. P.-S. Attendez-vous à un choc. »

On nous dit que les coûts estimatifs des rénovations seront d’environ 10 millions de dollars. Ce n’est définitivement pas un travail pour les petites natures, même si c’est la CCN qui va payer pour tout.

Cela en vaut-il la peine alors? La CCN ne devrait-elle pas plutôt démolir le 24 Sussex, puis bâtir à neuf? Peu importe le choix final, je me demande combien tout cela aurait coûté à la CCN pour effectuer les réparations en 1973 lorsque j’étais occupée à planter des bulbes dans le jardin. Je devine que ça aurait coûté beaucoup moins cher que 10 millions de dollars.

En mettant ce genre de budget en contexte, la propriété la plus chère qui s’est jamais vendue à Ottawa était à Rockcliffe au prix de 8,25 millions de dollars en 2003. La deuxième maison la plus chère était une maison de pierre donnant une magnifique vue sur la rivière des Outaouais, dans le quartier voisin de Rothwell Heights. Cette dernière s’est vendue en 2014 au prix de 7,67 millions de dollars. Mais, le plus souvent, les propriétés chères sur le marché à Ottawa atteignent environ 3 millions de dollars.

Donc, pour 10 millions de dollars, je peux vous aider à acheter deux ou trois superbes maisons à Rockcliffe et même ajouter une maison jumelée dans le quartier prisé de Westboro; en plus, je pourrais même réduire la commission. (Vous entendez ça, Monsieur le Premier Ministre? Téléphonez-moi.)

 

Peggy Blair est représentante des ventes au sein de l’équipe Royal LePage Team Realty, à Ottawa. Ancienne avocate, elle rédige l’éditorial des gaffes, publié par REM Magazine. Elle est l’auteure primée de la collection Inspector Ramirez, publiée par Penguin Canada et Simon & Schuster Canada, et reconnue sur la scène internationale. Son plus récent livre, Hungry Ghosts, est offert en librairie.


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